Fusion

23 juin 2008

Chapitre I -Le voleur d'âme-

Pareil, toujours pareil, courir sans s’arrêter, sans regarder derrière soi…C’est les seules pensées qui occupent son esprit à ce moment même…Si jamais elle faisait un faux pas, tout serait finit, détruit…Brisé. Tout repose sur ses épaules, alors pas question de faiblir !

 

« -Glace ! Glace ! Réveil toi !

-Que…. »

 

Un rêve, toujours le même. Elle courait dans un tunnel, un tunnel sans fin, sans lumière. Le sol était glissant, mais elle savait parfaitement que si elle tombait…Ce serait la fin. Heureusement, quelqu’un était toujours là pour la réveiller, pour l’empêcher de tomber.

 

« -Toujours pareil hein ?

-Ouais….Toujours le même. Merci de m’avoir réveillée…Si j’étais restée plus longtemps dans ce rêve, je serais tombée.

-De rien…Allez lève toi, je vais te faire un chocolat.

-Merci Ambre, t’es une vrai amie. »

 

Ambre esquissa un pâle sourire. Depuis quelques temps Glace ne dormait plus, par crainte de « tomber ». La jeune fille ne savait pas réellement ce que cela provoquerait, mais si Glace disait qu’il ne fallait pas qu’elle « tombe », alors il ne le fallait pas. Sans rien dire, elle tendit à son amie une tasse fumante.

Malgré ses tentatives pour rester éveillée, Glace s’endormait de plus en plus souvent. Que lui arrivait-elle ? Pourquoi le « sommeil » la touchait-elle et pas Ambre ? La jeune fille n’en savait rien, et le simple fait d’y réfléchir la fit bailler. Son lit était si proche, sa couverture si douce…Ses draps semblaient l’appeler, lui disant « Viens, viens dormir....Le monde des rêves est bien plus réjouissant que celui des vivants… ». Soudain, la vue de Glace se brouilla, la tasse qu’elle tenait lui échappa des mains, répandant au sol le liquide bouillant.

 

« -Glace ! Ca va ? Réponds moi ! »

 

Répondre, il fallait qu’elle lui réponde, qu’elle la rassure, lui expliquer qu’elle va parfaitement bien. Ambre allait s’inquiéter si elle ne répondait pas. Pourtant, Glace ne réussit pas à parler, elle porta sa main à sa tête et ferma les yeux, basculant dans les ténèbres du sommeil.

 

Ambre

 

C’était un tableau parfait qui s’étalait devant mes yeux. Elle était là, allongée au sol, respirant faiblement. Son doux visage était encadré par ses longs cheveux bleus…Une couleur si rare. Je posais ma main sur son front, je la retirais tout de suite : sa peau était aussi froide que la neige…A mon contact, Glace tressaillit mais n’ouvrit pas les yeux. Pourquoi ? Que lui arrivait-il ? Je n’en savais trop rien, seul les supérieurs pourraient m’aider…Nous aider.

« -Glace, je te sauverais, je te promets…Je trouverais un remède à ton mal…Mais s’il te plait, ne tombe pas ! » Murmurais-je tout bas, pour que seule Glace, où qu’elle soi, puisse m’entendre.

Qui trouver…J’étais une novice tout comme Glace et nous n’étions pas encore réparties. Je ne savais pas à qui m’adresser…Le directeur sûrement, mais où se trouvait son bureau ? J’enfilais une veste par-dessus mon pyjama et je sortie de la chambre à toute vitesse. Quelqu’un, quelqu’un…

J’avais beau courir, crier, pleurer…Personne ne m’entendait…Les couloirs étaient sombres, sombres et froids. Eux qui m’avaient parut si lumineux le jour de mon arrivée ! Soudain je heurtais quelque chose de dure…Un torse humain…C’était un homme, il passa sa main autour de ma taille pour m’empêcher de tomber et murmura tout bas :

 

« -Eh petit oiseau…Tu t’es perdue ? T’es tombée du nid ?

-C’est…Ce n’est pas ça ! Je dois voir le directeur tout de suite !

-Ah….Et tu lui veux quoi au directeur ?

-Ca te regarde ?

-Oui. Je suis le directeur ! »

 

Quoi ? Lui le directeur ? Je reculais en vitesse, tentant de discerner le visage de mon interlocuteur. L’homme murmura quelque chose et tout à coup le couloir s’alluma. Prodige de la magie. Mon regard s’attarda sur les petites sphères qui voletaient autour de nous, puis je me rappelais de sa présence. Plutôt grand, il devait avoir entre trente-cinq et quarante ans. Mais ce n’était ni son âge ni son physique qui me prouvèrent que cet inconnu était bel bien le directeur…Quelque chose dans son regard, dans sa posture l’indiquait clairement. Il avait un petit quelque chose qui m’effrayait.

 

« -Ambre Sun, colocataire de Glace Wai ? C’est cela ? Que fais tu dehors à cette heure ci ?

-Monsieur….C’est…Glace ! Sauvez là, je vous en supplie ! Sauvez Glace ! Réveillez là sinon elle va tomber !

-Tomber ? Eh bien, si tu n’avais pas cet air effrayé, je serais tenté de rigoler…Mais ce ne doit pas être le cas…. »

 

Il avait perdu son ton de plaisanterie et il se mit à marcher. Je lui emboîtais le pas, bien décidé à sauver Glace. Sa voix commençait déjà à me manquer.

Glace et moi nous étions amies depuis notre naissance. Nos deux mères étaient unies elles aussi par ce lien. Nous vivions toutes les quatre ensembles, jusqu’au jour de l’Accident. On retrouva nos deux mère, étendues sur le sol, mortes. Les médecins avaient découverts la cause au moment de l’autopsie : tous leurs organes vitaux avaient disparus. Ce cas était réapparut chez plusieurs parents, rendant orphelin tant de foyer…Bref, depuis ce jour nous avons été transférées dans un orphelinat à Opale. Un endroit de misère dans une ville de misère, logique non ? Mais passons. La vie à l’orphelinat fut sans doute la période la plus dure de ma vie. Là bas, c’était chacun pour soi…La plus part du temps je me bagarrais avec tout le monde pour me faire respecter, laissant Glace s’occuper des devoirs et des travaux manuels. Et puis un jour, on nous donna enfin l’occasion de partir de cet endroit, allez à Naliyah, la grande capitale. Un matin un étranger vint à l’orphelinat et demanda notre transfert dans une école de haute renommée. Pourquoi nous, pourquoi ce subit intérêt à notre misérable personne ? Il nous expliqua qu’on était importantes, qu’on devaient êtres protégées. Nous n’en sûmes pas plus. Le lendemain nous fîmes nos bagages et quittâmes notre ancienne vie.

Cela faisait deux semaines que nous étions arrivées et je me plaisais déjà. Il y avait tout ce que je voulais : une immense résidence, quelques élèves, des garçons bagarreurs, et de la bonne nourriture. Notre chambre était spacieuse et aérée, nous avions chacune notre lit. C’était un tel luxe ! Le jour de notre arrivée Glace n’avait pas voulut dormir seule, d’habitude on partageait le même lit à l’orphelinat, et ça lui faisait un peu peur de devoir changer d’habitude. Et puis le lendemain, elle avait découvert la bibliothèque et la salle de musique, depuis ce jour, elle passait ses journées enfermées dans une de ces pièces, à lire ou à jouer du piano. C’était nos deux caractère, moi bruyante, sociale, enjouée et Glace, triste, silencieuse et renfermée. On nous expliqua que les cours commenceraient dans un moi, et que pendant ce temps nous avions le droit de faire ce que nous voulions. Et puis quelques jours plus tard, les crises de Glace commencèrent. Au début elle s’endormait trois à quatre fois par jours, puis ce devint plus fréquent et plus long. Chaque fois qu’elle ouvrait les yeux, elle poussait un soupire de soulagement, elle n’était pas tombée. Mais c’était quoi cette histoire de tomber ! Maintenant elle ne se réveille plus ! J’en ai marre, qu’on m’explique !

 

« Miss Sun…Ouhou…

-Ah excusez moi…Je repensais aux évènements…Tout ça…C’est si étrange…

-Montrez moi Glace, je vous donnerais sûrement des explications en voyant son état, mais en ce moment je suis dans l’incapacité de vous aider. »

 

Je ne répondis pas. A quoi ça servirait de toute façon…

 

Glace

 

Ce rêve, toujours le même. Je cours je cours, aussi vite que je le peux. Mes jambes en ont assez, elles souffrent, veulent se reposer. Pourtant je ne peux pas me permettre ce luxe. Si je m’arrête, je tombe. Radical, c’est fou comme ça donne envie de courir… Soudain quelque chose change, j’ai l’impression d’arriver au bout du tunnel, mais…Est-ce vraiment possible ? Une illusion ? Non. Une porte se dresse devant moi, entre ouverte. Ni une ni deux, je prends mon courage à deux mains et je m’arrête, rien ne se passe. Je ne suis pas tombée ! Mais alors pourquoi ? Lorsque qu’il n’y avait pas la porte, je courais, de peur de tout perdre, de disparaître dans les néants de l’oubli, de tomber. Et maintenant voila qu’une porte vient saccager mon pauvre cauchemar et me donne une issus ! J’hésite, j’hésite…Que ce passera–t-il si je franchis la porte ? Mais si je continue de courir, si je fais semblant de ne pas voir la porte, je risquerais de tomber…Et là tout serait vraiment finit non ? Raaah j’en ai marre de cette logique à la noix ! J’ouvre la porte et puis basta ! NA !

 

Ambre

 

Elle était allongée, exactement comme je l’avais laissé. Le directeur entra à son tour et se précipita vers Glace. Il la souleva doucement et posa sa main sur son front. Glace, elle, se mit à remuer faiblement, murmurant des paroles inaudibles…

« Ambre….Glace ne se réveillera peut être plus. »

 

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